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Avril, loin au nord.

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J’avais erré dans la vie comme on se perd dans un brouillard, incertaine de mes choix et de mes envies, m’accrochant à un compagnon sans attrait, pour tromper mon ennui et remplir mon agenda. Un parasite accroché à mon dos, se nourrissant de mes efforts et de mon travail, inepte et sans imagination. Un homme sans profondeur, qui avait besoin d’un trophée mais n’avait rien à offrir. Et moi, orpheline d’attention, je n’avais plus rien à perdre et je redoutais la solitude. Et puis un jour, ça m’avait pris comme ça, je lui avais demandé, très calmement, de prendre ses affaires et de partir, comme on décolle un pansement, d’un coup sec parce que c’est mieux comme ça. Il était parti, un peu perplexe, c’était bien la première fois que je m’opposais, que j’étais un tant soit peu déterminée.
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J’étais une jeune femme effacée alors, inquiète de tout, déguisant ma timidité sous des dehors confiants, j’avais la conversation facile, trop facile peut-être, une fois lancée c’était comme un flot qu’on ne pouvait plus endiguer, une vague qui noyait tout en face, un mur qui me cachait à la vue des autres. Je trouvais le réconfort dans mes livres, toujours, et des kilos de sucreries qui s’accumulaient sur mes hanches et achevaient de saper les maigres fondations de ma confiance en moi. J’avais pris 12 kilos, alors.
Et ce moi d’avril, entre deux bourgeons, Il a refait surface, a renoué le contact. J’étais si loin à présent, il pouvait bien me le dire! Il était parti parce qu’il avait eu peur, il s’était senti amoureux, et n’avait pas su faire face — un stigmate d’une autre histoire, avant, douloureuse, qu’il n’avait pas résolue. J’étais tellement heureuse d’avoir de ses nouvelles que je n’ai pas pensé à être en colère, à lui en vouloir de ne pas m’avoir parlé. J’avais toujours cru avec une confiance inébranlable qu’on pouvait tout affronter, si on était plusieurs. Et si j’avais été amoureuse moi aussi? Il ne s’était pas posé la question; je lui en ai voulu, plus tard, de ne pas avoir choisi de me faire confiance. Mais pas à cet instant. A cet instant, j’avais seulement le sentiment d’avoir retrouvé quelque chose de si précieux que je n’en avais pas pleinement saisi la valeur avant de le voir disparaître: j’avais passé des mois comme anesthésiée, son absence au creux du cœur, laissée là comme au jour de son départ, comme les draps encore chauds le matin quand on vient de quitter son lit.
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