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Des nuances de gris

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Et puis je suis rentrée. Sous la grisaille d’Ile-de-France, sous les pluies de l’automne au milieu des barres de béton. Je ne savais plus très bien où poser mes valises, personne ne m’attendait vraiment. La vie a repris son cours, très vite, car il y avait tant à faire. Il prenait de mes nouvelles, parfois, il avait changé de boulot, finalement, avait trouvé sa voie. Je me demandais s’il avait une compagne, mais il n’en parlait pas. Un jour je l’ai invité chez moi, comme un peu par défi. Il n’avait pas changé. J’avais toujours ce coup au creux du ventre quand il était devant moi, le souffle coupé par son regard vert. J’avais oublié qu’il avait tant de charme.

Il n’y avait pas de banc, alors nous avons détricoté la nuit à l’intérieur, blottis dans le canapé-lit inconfortable. Nous avions trop de silence à rattraper, alors il m’a embrassée, un peu brusquement au début, longuement, comme si ça pouvait remplir le vide des deux années. Il a glissé ses mains sur ma peau, et j’ai eu peur. Peur de la lumière restée allumée sur un corps que je n’aimais pas, peur de mal faire, peur de le décevoir. Nous n’avions jamais fait l’amour, pendant ces nuits que nous avions passées dans les bras l’un de l’autre — mon unique histoire sérieuse avait sapé mon désir et laissé en héritage une défiance profonde vis-à-vis du corps et de ses plaisirs.

Il m’avait entouré de ses bras pour me faire oublier cette angoisse, avait tiré une couverture sur nous, et je m’étais endormie dans sa présence rassurante. Le lendemain, il était parti tôt, me laissant l’ombre d’un sourire et un baiser sur la joue. Nous nous étions promis de nous revoir bientôt, et je n’en avais rien cru. Bien sûr il disparaîtrait, déçu de ce que je ne puisse rien lui apporter, pris dans le courant de sa vie à mener, sans moi.

Je vivais la mienne, une vie sans profondeur et sans âme — pas une vie malheureuse, mais sans relief ni passion. Un parcours tout droit et sans surprise, bien comme il faut, sans jamais dévier de la route, en répondant à toutes les attentes, sauf peut-être aux miennes. Je ne savais pas qui j’étais, mais c’était égal, car j’étais sans couleurs moi aussi, pâle figure de papier portée par les événements.

 

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