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Le vent nous portera

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Cinq ans ont passé. Je n’ai pas oublié, mais c’était comme une écharde qui serait restée sous la peau. Ça ne fait pas mal, on n’y pense plus, sauf parfois, quand on appuie dessus par inadvertance. J’avais des nouvelles régulières, pour les anniversaires et les premiers de l’an, comme d’un vieux cousin qu’on aurait presque perdu de vue mais avec qui on maintient le lien quand même. Il m’avait parlé de sa compagne, des autres histoires qu’il avait eues avant. Nous ne parlions pas de notre passé commun, à quoi bon? La magie des réseaux sociaux nous permettait de continuer à savoir, même de loin, ce qui se passait dans la vie de l’un et l’autre. Nous avions parfois de longs échanges, et puis plus rien pendant 6 mois.

J’avais fait ma vie, en parallèle, toujours bien comme il faut avec une bonne situation, un petit pavillon à la campagne, un compagnon gendre idéal, je me disais qu’il ne manquait que le monospace et les enfants, sauf que moi, je ne voulais pas d’enfants, en tout cas, pas tout de suite, on verra, plus tard peut-être. J’avais déménagé, aussi, plusieurs fois, si bien que je n’étais plus si loin de lui, à une heure et demie, tout au plus.

Un jour, nous discutions de choses et d’autres, et d’une sortie que je devais faire dans sa ville. Il m’a proposé de venir prendre un café, pour discuter un peu, de vive voix ce serait plus sympa, après tout ce temps. Je ne l’avais pas vu depuis 5 ans. Je suis arrivée devant chez lui un peu tremblante, inquiète que l’on n’ait plus rien à se dire, qu’il y ait trop de gêne, que ce soit des silences dont on ne sort pas. J’ai failli tourner les talons. J’ai sonné, quand même, j’étais venue jusque là!

Il est descendu m’ouvrir; il était là: égal à lui même, le soleil jouait sur ses hautes pommettes et faisait briller ses yeux verts. Il a souri, de son sourire qui perce les murs. Nous avons bu du café, sûrement beaucoup trop, ou bien je buvais ses paroles, j’avais sûrement l’air d’un merlan frit, je crois que ce devait être comique. Il était tellement beau, dans la lumière de l’été. J’avais l’impression de sortir d’un engourdissement, comme si c’était le dégel, peut-être. Il me semblait que toutes mes perceptions se réveillaient, j’avais une conscience aiguë de son bras tout près du mien, de la chaleur de sa présence. Il dégageait un tel magnétisme que j’étais submergée par l’envie de me jeter à son cou. Je me suis levée pour cacher un peu mon trouble, et me suis appuyée à la fenêtre comme pour profiter du soleil. Il a posé ses mains très doucement sur mes épaules et a appuyé sa joue un instant sur mes cheveux. J’ai appuyé mon dos contre sa poitrine, presque sans oser respirer, tandis qu’il m’entourait de ses bras. J’ai fermé les yeux, il me semblait avoir un peu retrouvé mon chemin.

 

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