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Où subsiste encore ton écho

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Je suis partie quelques minutes plus tard, sans qu’il ne se passe rien de plus, l’esprit un peu troublé. Le soir même, il m’a dit combien ça lui avait plaisir de me revoir. Il m’a demandé si je comptais revenir bientôt. Alors j’ai dit oui, et je suis revenue la semaine suivante. Quand il a ouvert la porte, j’ai eu le même choc, pourtant je pensais être prête, l’avoir anticipé; mais ce regard vert à couper le souffle, ça ne s’anticipe pas. On a dû parler quelques temps, sans doute, mais ses lèvres se sont posées sur les miennes et ça semblait soudain le meilleur moyen de communiquer. Il y avait temps à rattraper, tant de vide à combler, comme s’il y avait une urgence à se retrouver avant de se quitter encore. J’avais l’impression entre ses bras de retrouver un trésor perdu. Ce jour là, je suis partie avant que ça ne dérape, avec dans les bottes des montagnes de question et un sentiment confus de culpabilité, et de renaissance, aussi.

Il y avait comme un défi à accomplir — celui de me trouver, ou de me retrouver, peut-être — et un chapitre à terminer, qui n’avait jamais vraiment été écrit, on n’avait eu le temps d’en écrire qu’un vague prologue. Quelques semaines plus tard, je suis allée lui rendre visite, à nouveau; c’était un soir d’automne, sous la pluie, il faisait frais et les rues brillaient sous les paillettes d’eau. Les réverbères faisaient une lueur rouge à travers les rideaux, et des voisins écoutaient de la musique très fort. Je voulais ses lèvres et la chaleur de sa peau, ses mains ont glissé sous mes vêtements et il m’a regardée avec une question dans les yeux. J’ai acquiescé en silence tandis qu’il découvrait mon corps et le couvrait de ses baisers. Il m’a serrée très fort contre lui, je sentais son cœur battre à grands coups contre moi, avant de frôler de ses mains légères chaque parcelle de ma peau. Le Cerbère dans ma tête a tenté de s’interposer, criant à la morale et à la respectabilité, mais ses aboiements étaient couverts par le tumulte de mon cœur. Décelant mon trouble, il avait doucement pris mon visage entre ses mains. « Regarde-moi. » Je levai les yeux vers son regard d’émeraude qui attendait, qui m’attendait, pour me rassurer, avant de lui répondre dans un souffle — le dernier soupir du Cerbère vaincu. Je m’accrochai à lui avec des mains tremblantes, tandis qu’il m’enveloppait de son corps, son regard plongé dans le mien, jusqu’au bout. C’était comme d’entrer en collision avec une comète, de découvrir un autre univers, ou d’ouvrir une porte restée fermée jusqu’alors.

Cette nuit là, je pensais avoir écrit mon chapitre, avoir bouclé une boucle. Je l’ai quitté dans la nuit, la peau encore brûlante de cette étreinte, pour partir chez des amis qui m’attendaient, s’inquiétant de me voir arriver si tard, le regard légèrement fiévreux, le rose aux joues. J’ai pensé à lui tout le jour suivant, et tous les jours depuis.

C’était il y a 7 ans. Nous nous sommes vus 7 fois depuis, parfois plusieurs fois par an, parfois pas pendant un ou deux ans. Il y a eu cette fois où il m’a ouvert tout ensommeillé, un matin très tôt, pour me serrer très fort et m’emmener dans la chaleur des draps qu’il venait de quitter. Cette fois où il m’a dit que je lui avais manqué. J’ai pensé à chaque fois que ce serait la dernière; j’ai gravé dans mon esprit les lignes de son corps, l’angle saillant de ses pommettes, son sourire un peu de travers quand il est inquiet, le timbre chaud de sa voix quand il parle tout bas, le parfum particulier qu’il laisse dans mes cheveux. La façon qu’il a de tracer des chemins sur mon épaule comme s’il risquait de me briser, de me caresser les cheveux comme si j’étais précieuse, de regarder mon corps comme si c’était de l’art.

Un jour, il m’a parlé de cette fille qu’il avait rencontrée au travail. Quand je suis revenue la fois suivante, il y avait le début de quelque chose entre eux. Il m’avait confié une fois qu’il ne pouvait pas être infidèle; c’était donc le clap de fin pour moi. Je me souviens ce jour là d’avoir fait l’amour comme si la fin du monde approchait. Et puis plus rien pendant deux ans, il avait emménagé avec Elle, je lui souhaitais d’être heureux à chaque anniversaire; une fois, j’ai pleuré, toute la nuit. C’était la première fois; la première fois que j’ai compris véritablement quel attachement j’avais pour lui. Tout me semblait remis en question, tous mes choix de vie. J’avais l’impression d’avoir raté un train, d’être restée sur le quai une deuxième fois, abandonnée encore. Et puis c’est passé. Je pensais à lui en me réveillant et en m’endormant, pas comme un souvenir douloureux mais une petite pépite à protéger, un monde secret sous la peau, comme ils disent en anglais, « I’ve got you under my skin », un tatouage sur le cœur, ça ne s’oublie pas.

 

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